Send in the clowns !

par Cie La Manivelle - il y a 2 mois

Parce que les clowns sont d'utilité publique, et particulièrement en période de crise, nous avons joué une parade déconfinée et colorée les 1er et 2 mai 2020 dans le centre-ville et les quartiers de Millau. Neuf clowns ont défilé annonçant la présence du cirque dans la ville. Retour sur la création d'une parade en plein confinement lié à la pandémie de Covid-19. Crédit photo : Benoit Sanchez-Matéo.

Envoyez les clowns !

Le point de départ de la création de cette parade est un triste constat : le spectacle vivant, notre secteur d’activité, est aujourd’hui complètement à l’arrêt et ce alors que la population plonge dans la crainte et la morosité. Nous ne pouvons plus assurer nos fonctions d’amuser, de divertir, de poétiser le réel, de proposer des ouvertures aux consciences alors que le besoin est là, tangible, urgent, vital.

Il fallait que l’on fasse quelque chose, pour nous-mêmes et pour les gens, et l’idée est apparue : à partir du moment où nous ne créons pas d’attroupement, en proposant une forme spectaculaire déambulatoire pour un public à ses fenêtres, dans laquelle nous respectons la distanciation physique et les gestes barrière et où nous avons un contrat de travail, nous devrions pouvoir exercer notre métier tout-à-fait légalement.

La déambulation que nous avons voulu créer est une parade de cirque, par des clowns qui semblent avoir survécu aux modes, aux épidémies et aux changements sociétaux. Des clowns intemporels comme ceux de Fellini, qui débarquent dans la ville pour annoncer un spectacle qui n’aura pas lieu. Le chapiteau est dans les cœurs et la piste aux étoiles dans l’imaginaire des spectateurs à leurs fenêtres.

Nous avons voulu une esthétique soignée et colorée, que ces clown·e·s soient belleaux, que leurs silhouettes invitent au rêve. Nous avons aussi souhaité que la parade soit ponctuée d’exploits de cirque, de jeux qui augurent un grand spectacle, pour que le public puisse s’émerveiller de ce qu’il imagine.


Crédit photo : Benoit Sanchez-Matéo
Crédit photo : Benoit Sanchez-Matéo


Avec cette idée, nous avons contacté la ville de Millau où nous sommes basés, pour lui demander l’autorisation d’offrir cette parade à la population et nous nous sommes réjoui de l’avoir obtenu.

C’était parti, nous allions pouvoir le faire. Nous avons donc contacté des artistes professionnels confiné·e·s dans notre secteur géographique et dont nous nous sentons proches artistiquement et humainement.

C’est la mutualisation des savoir-faire, des moyens, du matériel de nos compagnies qui nous a permis de monter cette parade, en recyclant des costumes, des accessoires et des éléments scénographiques de nos spectacles.

Après nous être proposé·e·s une réunion téléphonique en mode brainstorming et inventaire, nous avons fini par nous retrouver physiquement à neuf la veille de la parade dans un endroit suffisamment grand pour qu'il nous soit possible de respecter raisonnablement les gestes barrière. Nous ressentions toustes la joie de nous remettre à créer et le poids des contraintes qui nous étaient imposées.

Faire des contraintes des prétextes à jeu, c’était notre défi. Un défi que les clown·e·s sont habitué·e·s à relever.

En communiquant sur l’événement qui allait avoir lieu nous avons constaté que cela déclenchait des réserves et des craintes auprès d’une petite frange de la population, ce qui nous a amené à réaliser qu’il était vraiment très important que notre dispositif respecte scrupuleusement les mesures de sécurité sanitaire. Nous avons aussi réalisé que dans cette période si anxiogène, il était nécessaire d’aller au-delà de nos peurs et de celles de la population.

Nous avons choisi la date symbolique du 1er mai pour notre première parade. D’ordinaire ce jour là, les rues voient défiler les travailleurs. Ce ne serait pas le cas cette année, mais nous allions remplacer le traditionnel défilé par une parade de clowns, ce qui était une manière pour nous de revendiquer implicitement notre droit à exercer notre métier.

Sous un ciel très gris, en passant entre les gouttes, nous avons testé notre dispositif près des barres d’immeubles d’un quartier populaire. Il n’a pas fallu longtemps pour que nous puissions constater que notre démarche et notre initiative étaient légitimes, pertinentes, et bienvenues. Tous les sourires, les rires, les applaudissements de ces gens isolés ou de ces familles dont nous avons croisé les regards brillants ont réchauffé nos cœurs et nous ont redonné force et détermination pour continuer à créer du spectacle vivant et de la culture populaire.

Le lendemain, toujours entre les gouttes d’un ciel gris, nous avons paradé en centre-ville. Le dispositif était plus rodé que la veille et nous avons vécu de merveilleux moments de poésie partagée avec les habitants. Les circonstances ont fait que nous n’avons pu assurer la totalité du parcours initialement prévu, nous prévoyons donc de ressortir la parade pour en faire profiter le maximum d’habitants de la ville dès que ce sera possible.

Et au-delà de ça, nous ne souhaitons pas que cette action soit très vite rangée dans les souvenirs. Nous désirons maintenant peaufiner nos jeux et notre dispositif pour proposer cette parade aux villes et villages, en commençant par notre secteur géographique, pour veiller à ne pas trop risquer de propager le virus.

Cet été, il n’y aura vraisemblablement pas de spectacles, pas de fêtes, pas de festivals, comme si d’un coup nous vivions dans un monde où le spectacle vivant n’existe pas. C’est une dystopie à laquelle nous ne pouvons nous résoudre, nous souhaitons donc jouer notre parade partout où nous pourrons, car c’est maintenant que le public, les artistes et tous les acteurs culturels ont besoin qu’il se passe quelque chose, que l’utopie remplace la dystopie.

Grâce au fait que nous ayons pu jouer notre parade en plein confinement, nous croyons aujourd’hui qu’il y a des possibles, nous croyons que les clowns et le spectacle vivant survivront, si nous, artistes, acteurs culturels, public, demeurons dans une solidarité plus forte que nos peurs. Osons créer, osons jouer, osons nous rassembler autour de projets, osons réfléchir à une nouvelle économie pour la culture et pour la société en général, osons penser que cette crise pourra stimuler notre créativité, osons nous engager, osons encore et encore, nous autres clown·e·s, osons continuer à jouer, rire, pleurer, rager et jouir. Osons être ce que nous sommes, des saltimbanques, des créateurs, des leaders d’opinions, des bouffons candides, des tricheurs sacrés, des cigales qui fourmillent, des artisans du bonheur collectif, des passeurs dérisoires de sagesse idiote... Osons rester des clown·e·s au service du vivant. 

SHOW MUST GO ON ! SEND IN THE CLOWNS !

Francis Farizon, Cie la manivelle, 7 mai 2020.

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